Samedi 6 juin 2009 6 06 /06 /2009 11:00
Il y a une chose qui est censée nous suivre toute notre vie : c'est notre nom. C'est important, le nom, on se définit en partie par lui. Il y a même des civilisations où celui-ci a vraiment un sens, une influence, où ce n'est aps du tout un hasard si on s'apelle x ou y.

Je veux dire, il y a des occasions pour en changer : pour se cacher, en particulier. Ou, sur internet, on choisit un pseudo pour garder notre "anonymat" (comme si nous étions des stars !). Pseudo que, d'ailleurs, on finit parfois par ressentir un "vrai nom", mais c'est un autre problème.
Il y a aussi des changement de noms pour changer de vie. C'est moins fréquent, mais autrefois, au moment du baptème, on changeait de prénom. Et ceux qui entraient dans la vie religieuse choisissaient eux aussi un autre nom, pour symboliser leur nouvelle vie.

Mais dans tous ces cas, il s'agit d'un choix. Choix de prendre un autre nom et choix du nom en question. On le choisit pour sa signification, son symbolisme ou simplement ses sonorités, mais enfin, on le choisit.

Et puis il y a une autre partie de la population qui change de nom. Il s'agit, vous me voyez arriver avec mes gros sabots, des femmes mariées.

Bien sûr, elles n'ont plus d'obligation. Elles peuvent garder leur nom de jeune fille (c'est bien ça ?) ou encore accoler les deux noms.
Et donc, la dernière possibilité, qui est encore, il me semble, la plus souvent envisagée, est celle qui consiste à prendre le nom de son mari. Changer complètement de nom, donc, pour un autre que l'on n'a pas choisi (parce que bon, désolée, mais quand j'ai rencontré celui qui n'était pas encore mon fiancé, j'ai pas commencé par lui demander comment il s'appellait pour savoir si la sonorité me plairait un jour à porter (en général, c'est au contraire une chose à laquelle on évite de penser, ne serait-ce que pour éviter le mauvais oeil)

Bien sûr, un nom n'est qu'un nom. Mais tout de même. C'est ainsi qu'on nous appelle et souvent, on finit par s'identifier à lui. Il a une histoire. Parfois, on a été vanné dessus quand on était petits, et du coup, on a appris à le défendre. Il n'est pas forcemment joli, ni facile à écrire ou prononcer, mais enfin, c'est le notre, il fait un peu partie de nous.
D'un autre côté, prendre le nom de son mari, ou au moins, accoler les deux noms, c'est aussi une façon de dire, là encore, qu'on commence une nouvelle vie. Quitte à ce que ça fasse bizarre au début de s'entendre appeler -suprême horreur- du nom de sa belle-mère. Belle-mère dont, d'ailleurs, ce n'est pas non plus le nom de naissance, soit dit en passant.
Et puis cela me rappelle trop une certaine conception de l'amour qui n'est pas trop la mienne. Selon laquelle, s'aimer, ce serait en quelque sorte se fondre en l'autre. L'amour parfait serait celui où le couple n'est vraiment plus qu'une seule entité, et non plus, comme son nom l'indique, une entité (oui, quand même) formée de deux éléments distincts. Il faudrait devenir un. Eh bien moi, je ne suis pas d'accord avec cela. Si l'autre devient moi, devient vraiment moi, comment pourrai-je l'aimer ? N'a-t-on pas besoin du côté altérité, pour aimer ? Si l'autre devient moi...Cela veut dire qu'au final, le but est de s'amier soi-même. Ce qui n'est pas forcemment faux, mais n'était pas le but de départ de cette conception, puisqu'au contraire, si j'ai bien compris, on est censés s'oublier soi même. Vous allez me dire "mais justement, c'est ça qui est beau, c'est en s'oubliant soi-même qu'au final, on se retrouve soi-même, et on s'aime soi-même". Moui, peut-être. N'empêche. Quand on sait mes problèmes avec le respect de soi et tout le tralala, ce n'est pas une idée qui me sourit tant que cela. Oui, bien sûr, dans l'autre, il y a quand même le côté miroir de soi : on aime l'autre aussi parce qu'il nous ressemble, et nous rassure sur certains de nos défauts. Mais (pour moi en tous cas), pour qu'il me rassure sur mes défauts, il faut bien qu'il reste Autre, puisque je suis infoutue de le faire moi-même. Vous allez me dire "mais justement, tu dois grandir, ma fille, accepter tes défauts de toi-même et ainsi, tu seras prête pour le Vrai Amour". Mouais, ben tel que c'est parti, je ne serai jamais prête pour le Vrai Amour. Et quasiment personne, d'ailleurs, puisqu'ensuite, on vous expliquera que seul Dieu est capable de cet amour-là, et que nous, on doit se contenter des bribes d'Esprit qu'il nous envoie. Et donc, si je veux vivre, je dois le faire avant. Et aimer comme je le peux. Et donc, cela ne va pas m'empêcher de me marier si j'estime que Vrai Amour ou pas, cet amour là -sans majuscule- mérite que j'y consacre une grande partie de ma vie, voire toute.

Bon, j'ai un peu dévié, mais on en arrive à nos histoires de changement de nom. Là encore, vous me voyez venir. Ainsi donc, il faut que la femme (ben oui) se fonde en l'autre en prenant son nom et en "perdant" le sien (pas devant l'état civil, toutefois : chaque fois que je dois faire une procuration par exemple, je dois mettre le nom de jeune fille de ma mère). Qu'officiellement du moins, elle perde ce qu'elle a apporté, qu'il soit "oublié" au profit du nom du mari.

Je sais, c'est un peu tristounet, comme façon de voir les choses. On peut voir aussi toute la beauté du geste du fait de changer de nom, comme je le disais plus haut : débuter une vie nouvelle, sous des auspices nouveaux, et puis se donner entièrement, jusqu'au nom que l'on porte depuis l'enfance. Nom qui est lui-même un nom que notre mère a dû prendre "au détriment" de celui qu'elle-même portait petite.


Je sais, il est possible d'accoler les deux noms, mais on sait bien qu'au final, seul l'un des deux est utilisé. Et puis, les noms composés, c'est pas pratique, je suis certaine que moi-même, j'en aurai vite marre.

Pour autant, cela me choque moins, pour le moment du moins, de penser que nos enfants porteraient ce nom qui n'est pas, pas encore, le mien. Sans doute parce que je ne m'imagine pas, mais alors pas du tout, mère. Donc ça reste trop théorique. De même qu'il y a deux ans, on m'aurait dit que changer de nom en me mariant m'aurait posé problème, je n'y aurai pas vraiment cru. D'ailleurs, je dis "problème", c'est un bien grand mot, hein ! Disons plutôt que cela me pose question.

Mais que comme au fond de moi, je suis très conventionelle, je sais très bien comment ça finira. Et ce qui me fera le plus bizarre, finalement, ce ne sera pas tant de changer de nom que de me faire appeler "madame". Et je sais très bien que je serai contente, voire fière de porter ce nom qui deviendra le mien, qu'e je vais très bien me l'approprier, dont je sais très bien que je serai potentiellement vannée dessus (et, plus difficile à accepter, mes enfants aussi (mais puisque je sais qu'ils l'auraient aussi été avec le nom que je porte actuellement, et probablement avec n'importe quel nom de la terre...). Bref, toutes ces questions seront oubliées, car au final, est-ce que cela a tant d'importance que cela ?

Bref, c'est pas le tout, mais j'ai une valise à préparer. ça faisait longtemps que j'avais pas rédigé une note aussi longue, moi. Faut que je me remette (et m'excuse avant pour les inévitables répétitions et tics de langages)

Bande-son : le roi et l'oiseau, qui raconte un amour qui finit bien et un mariage forcé (qui finit mal). Le tout sur une (très) jolie musique, bien qu'un peu tristoune, elle aussi.

Par sel - Publié dans : Réflexions intensives (ou pas)
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